Playlist GIRL POWER 2020

Parce que ça fait du bien

L’univers du clip, c’est exactement comme dans la chanson : a man’s man’s world, but it wouldn’t be nothing without a woman or a girl. À l’occasion de la journée internationale des droits de la femme, on a eu envie de célébrer ces artistEs inspirantes et fascinantes qui façonnent le paysage visuel du clip et imposent leur style dans un univers encore tristement très masculin.

Beautiful Wreck

Réalisé par Emma Rosenzweig, 2019  

Elle n’est pas si loin, l’époque où MØ réalisait elle-même ses clips avec sa webcam… Pour son nouvel album, la chanteuse désormais bien connue fait appel à l’artiste Emma Rosenzweig, avec qui elle signe une trilogie de clips dont « Beautiful Wreck » est la deuxième partie, précédé du titre « I want you » et suivi de « Red Wine ». Pour ce morceau, la réalisatrice met en scène un délicat et poétique pas de deux, porté par les danseuses Cassie Augusta Jørgensen et Lydia Östberg Diakité. Un voyage à travers des paysages féériques au rythme d’une chorégraphie sensorielle et harmonieuse.

joanna – Pétasse

Réalisé par joanna et Léo Mondon, 2020

Difficile de faire plus glaçant que le clip de « Pétasse ». Écrit suite à l’agression dont elle a elle-même été victime, joanna y adopte le discours encore trop souvent assumé par les agresseurs sexuels : « Ne fais rien contre moi quand je t’embrasse / Je ne sais pas ce que tu veux / Mais je le fais quand même / Moi je te veux / Donc fais de même / Regarde, tu l’as bien cherché / Pétasse ». Devant la caméra, une insoutenable tentative de viol au ralenti. « Je veux montrer la violence d’un acte malheureusement banal dans nos sociétés, où tout est fait pour faire culpabiliser les victimes. Ce n’est pas parce que l’on est sympa avec un homme qu’on lui appartient. Ce n’est pas parce qu’on est souriante ou avenante avec un homme qu’il peut disposer de notre corps » martèle la chanteuse. La fin, à la fois poétique et déchirante, donne le ton de la position ambivalente des survivantes, entre auto-défense et silence forcé. « On en a marre de se taire », conclut joanna. « Ce clip est un exemple de ce qui peut arriver à toutes les femmes. Tous les scénarios sont possibles.»

Orla GartlandFigure It Out

Réalisé par Zoe Alker, 2019

Le plot de « Figure It Out » est très simple et pourtant très jubilatoire : une jeune femme (Orla Gartland et son génialissime air blasé), saoulée de sa vie de couple et de son partenaire bavard, s’enfuit et le plante sans prévenir en plein milieu d’une route pour retrouver sa liberté et camper sur une plage. Le clip interprète ainsi au pied de la lettre le besoin d’espace dans les relations amoureuses, dont les paroles de la chanson expriment la tristesse douce-amère. Zoe Alker s’est pour l’occasion inspirée des images de Xavier Dolan. Quant à la chanteuse, elle explique : « on m’y voit en train de faire ce que je fais le mieux, m’enfuir loin d’un garçon ».

RaveenaMama

Réalisé par Danica Kleinknecht, 2019    

La collaboration de Raveena et de Danica Kleinknecht est longue et fructueuse : la réalisatrice est ainsi derrière les clips enchanteurs de « Stronger » et de « Petal » et on lui doit une grande partie de l’univers visuel de l’EP « Lucid ». Qaunt à « Mama », leur troisième projet ensemble, c’est sans doute le titre le plus personnel et touchant de l’album. « Evidemment, c’est une chanson à propos de ma mère et de ma relation avec elle, mais j’avais aussi l’envie d’approfondir la relation unique que nous avons en tant qu’immigrés de première génération », explique la chanteuse. Danica Kleinknecht sublime cet héritage familial et culturel en filmant des moments d’intimité entre Raveena, sa mère et sa grand-mère. Au temple, dans leur appartement du Queens ou encore dans le métro new-yorkais : des images qui illustrent la multiculturalité de la chanteuse, à la fois vraie citadine américaine et jeune femme indienne. Un clip d’une rare beauté dont la sensibilité se trouve renforcée par l’ajout d’image du mariage des parents de Raveena.

Selena Gomez ft. Gucci ManeFetish

Réalisé par Petra Collins, 2017

Dans un décor de banlieue américaine saturé de lumière se glisse une inquiétante étrangeté. Connue pour ses visuels décalés et stylisés (et ses campagnes Gucci), Petra Collins choisit ici de mettre en avant une toute autre facette de la chanteuse Selena Gomez, plus organique et plus adulte. « J’adore cette vidéo parce qu’elle montre l’amour très sale, dégoûtant et bizarre que l’on peut porter à quelqu’un » confie la réalisatrice. « C’est le stade d’obsession que certaines personnes peuvent expérimenter, et la manière dont ils relâchent la tension ». Le clip à l’esthétique éthérée et au léger parfum de scandale n’est pas sans évoquer des images de Virgin Suicides, bien que l’inspiration première de Petra Collins soit le film d’horreur. Derrière la caméra, les deux artistes ne tarissent pas d’éloges l’une pour l’autre. « Pendant longtemps, j’ai eu l’impression que je ne pouvais pas faire quelque chose comme ça, pas parce que je ne voulais pas mais parce que je manquais de confiance. J’ai beaucoup d’insécurités, mais quand j’ai commencé à travailler avec [Petra]… On est comme des sœurs ! » dévoile Selena Gomez.

Pi Ja MaPonytail

Réalisé par Alice Kong, 2018

On ne présente plus Alice Kong, dont les clips à l’esthétique romantique, aux couleurs vives et à l’érotisme subtil ont séduit plus d’un artiste ces dernières années (de Vendredi sur mer, collaboratrice fidèle, à Ichon, en passant par Lewis of Man). Pour l’occasion, on a décidé de mettre un coup de projecteur sur son travail avec Pi Ja Ma pour le clip Ponytail, où on retrouve l’univers coloré et kitsch de la réalisatrice dans une ambiance plus enfantine. Au programme : sourire de ketchup dans l’assiette, carte navigo dans le sandwich et guitare en laitue. Alice Kong explique avoir voulu mettre en scène un univers loufoque sous une lumière arc-en-ciel où la chanteuse puisse danser et s’amuser. Cette dernière, quant à elle, a choisi Alice Kong afin de pouvoir se sentir plus libre en échangeant avec une jeune femme. Girl power à 100%.

Kali UchisAfter The Storm

Réalisé par Nadia Lee Cohen, 2018

Avec ses couleurs délicieusement pop, façon pub alimentaire, After the storm illustre bien le message de la chanson : rien de bien ne vient facilement. Kali Uchis décide ainsi d’acheter l’homme de ses rêves au supermarché et de le faire pousser en l’arrosant tous les jours. À la fois matérialisme de l’amour et leçon de patience, le clip exploite habilement l’esthétique du consumérisme. Le secret de ces visuels léchés ? “Je planifie chaque détail comme une folle. Mes assistantes sur le plateau sont très frustrées à cause de moi quand je sens que j’ai besoin d’une boîte d’oeufs particulière, ou de quelque chose qui paraît totalement inutile” explique Nadia Lee Cohen, la réalisatrice. Avec des références allant de McDonald à Divine, en passant par des films d’horreur coréens et Pink Flamingos, elle réexploite et détourne ainsi l’iconographie du rêve américain – une belle maison, une télé, un frigo bien rempli et décrit son travail comme “coloré” et « dominé par des femmes. »

Alex CameronStudmuffin96

Réalisé par Jemima Kirke, 2017 

Partenaires à l’écran et dans la vie, Jemima Kirke et Alex Cameron s’associent régulièrement sur le plan professionnel. A la fois muse de l’artiste (il lui dédie ainsi son dernier album, Miamy Memory) et réalisatrice d’un bon nombre de ses clips, Jemima Kirke saisit bien l’extravagance mais aussi l’ironie provocatrice d’Alex Cameron et capture leur complicité dans des visuels tour à tour drôles, obscènes et touchants. Dans Studmuffin96, la réalisatrice met en scène une histoire d’amour décalée et glauque : une jeune employée de laverie automatique à la choucroute blond platine répondant au pseudonyme de Pepsi-Jay retombe par hasard sur son fantasme de petite fille (oui), lui aussi prénommé Jay, un homme étrange qui déboule dans sa boutique grièvement blessé. S’ensuit une sextape dans une chambre d’hôtel, qui semble malheureusement s’achever sur la mort de Jay aux toilettes. Interrogée dans le cadre des débats qui entourent les personnages créés par le chanteur, Jemima Kirke défend son partenaire en expliquant qu’il s’agit d’une construction propre au storytelling. A propos du clip, elle explique : « C’est un passage à l’âge adulte lié au caractère lugubre d’un fantasme assouvi. Une jeune femme retrouve un homme de son passé, et une tentative de romance s’ensuit. Mais en dépit de leurs efforts, leur seul terrain d’entente sera une laverie et une chambre d’hôtel. »

Kiddy SmileDickmatized

Réalisé par Marion Dupas, 2018    

Fidèle à l’extravagance polissone de Kiddy Smile, Marion Dupas choisit ici de le transfigurer en psychologue. Le chanteur explique : « Dickmatized est un morceau sur les relations toxiques, celles auxquelles on devrait mettre fin. Mais le sexe est trop bon. C’est comme avoir été hypnotisé ! » Quand à Marion Dupas, elle s’empare pleinement de la thématique phallique du morceau et confie : « Je suis heureuse d’avoir pu rencontrer un artiste aussi fou que moi et d’avoir collaboré avec lui. Ce n’est pas dans la teub dans son aspect littéral qui a attiré mon attention, mais la dimension anxiogène du morceau qui m’a inspiré ce personnage de psy pervers, qui lobotomise ses patients par la force de l’esprit. Vient ensuite la chibre optique, le laser fatal qui rendrait ses patients totalement obsédés, dickmatized à tout jamais. » 

SolangeWhen I Get Home

Réalisé par Solange, 2019

Pour finir, et plutôt que de vous proposer un seul clip de Solange, on s’est dit que pour l’occasion, on allait carrément vous balancer le director’s cut (à savoir : le sien, puisqu’elle a réalisé et édité la vidéo) et les 41 minutes qui composent le court métrage de l’album When I Get Home (les clips des morceaux y sont en fait rassemblés et enrichis de scènes inédites). Pour l’occasion, Solange collabore avec une ribambelle de réalisateurs, tels qu’Alan Ferguson, son mari, Terence Nance ou encore Jacolby Satterwhite. On plonge ainsi dans l’univers visuel maîtrisé et hypnotisant de la chanteuse : chorégraphie de groupe synchro, looks pointus aux couleurs monochromes, plans larges dans des décors épurés et lisses (une route déserte, un couloir de bureau, ou même parfois de simples blocs géométriques) voire carrément décalés (un ranch)… Solange navigue habilement entre uniformité et multiplicité : ses danseurs et danseuses, tous vêtus de manières semblables, effectuent les mêmes mouvements en boucle (tout comme les paroles des morceaux sont répétées à l’infini) mais évoquent aussi l’image d’une foule et d’une famille. L’occasion pour elle de mettre à l’honneur le corps noir -et particulièrement le corps féminin, et de réaffirmer sa fierté. Les représentants de Solange dévoilent le fil conducteur du clip : « une exploration de l’origine, qui se demande quelle partie de nous nous emmenons avec nous versus quelle partie nous laissons derrière nous au cours de notre évolution ». Un long film à l’esthétique unique, onirique et fascinante qui fût d’abord envoyé à des institutions artistiques et des musées avant d’être dévoilé en ligne.